Avis de tempête sur les marchés, la stagflation menace aux Etats-Unis après un très mauvais rapport sur l'emploi et un pétrole qui ne cesse de monter
Le scénario du pire vient de se réaliser sur le plan macroéconomique. Les statistiques qui ont pu être publiées cette semaine sont passées totalement inaperçues avec la guerre au Moyen-Orient. Mais, ce vendredi, le rapport sur l'emploi américain est fidèle à sa réputation de market mover. La Bourse de Paris a creusé ses pertes à la publication par le BLS d'une destruction de 92.000 postes au mois de février dans le secteur privé. Une surprise totale par les marchés. Le consensus Bloomberg misait sur 55.000 embauches, après les 126.000 de janvier. Par conséquent, le taux de chômage est passé de 4,3% à 4,4% de la population active.
Sur les marchés, les obligations du Trésor ont brièvement attiré des acheteurs, avant que le mouvement ne s'inverse. « Ces chiffres placent la Réserve fédérale dans une situation délicate, a commenté Ellen Zentner, de Morgan Stanley Wealth Management. Un net affaiblissement du marché du travail justifierait une baisse des taux, mais compte tenu du risque qu'une hausse prolongée des prix du pétrole puisse déclencher une nouvelle flambée inflationniste, la Fed pourrait se sentir obligée de rester à l'écart. » Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote Bank, expliquait ce matin que des chiffres plus faibles que prévu pourraient alimenter les craintes de stagflation - hausse du chômage conjuguée à une inflation persistante - et peser sur les actions américaines. Nous y sommes.
Vers 16 heures, Wall Street perd de 1% à 1,5%. Le Cac 40 abandonne 1,2% à 7.950 points, portant son mauvais score hebdomadaire à -7,3%, un record depuis le Liberation Day.
Un pétrole à 150 dollars ? Le scénario catastrophe du Qatar
La guerre au Moyen-Orient, qui pourrait durer puisque Donald Trump n'exige rien de moins que la capitulation de l'Iran, pourrait « faire s'effondrer les économies du monde ». Le ministre qatarien de l'Energie ne mâche pas ses mots. Dans un entretien au Financial Times, Saad al-Kaabi avertit que les tous les pays exportateurs d'énergie du Golfe arabo-persique cesseraient leur production en quelques jours, ce qui ferait grimper le baril de pétrole à 150 dollars. Même si le conflit prenait fin dans la seconde, il faudrait compter des « semaines, voire des mois », au Qatar - deuxième exportateur mondial de GNL et au 15e rang pour l'or noir - pour revenir à un cycle normal de livraisons.
Accélérant la progression sur le pétrole, le Wall Street Journal croit justement savoir que le Koweït a commencé à réduire la production de certains champs, après avoir épuisé ses capacités de stockage. Les autorités kurdes irakiennes ont annoncé à la mi-journée que la production d'un champ pétrolier, exploité par la société américaine HKN Energy, avait été interrompue après une attaque par deux drones. Dans toute cette confusion, le Brent s'approche des 91 dollars le baril, en hausse de 6,3 % et le brut américain WTI est à 88 dollars.
Avec ça, la peur d'un sursaut inflationniste resurgit. Qui l'eût cru. Les marchés monétaires intègrent désormais avec certitude un durcissement de la BCE cette année, alors qu'une baisse restait envisagée il y a quelques jours. « La BCE a un mandat unique axé sur la stabilité des prix et, à mon avis, elle n'hésitera pas à réagir aux chocs sur les prix de l'énergie », explique Lucile Flight, directrice du trading taux chez Barclays.
Zealand Pharma s'effondre
Côté entreprises, une poignée de société du Cac 40 sont dans le vert, dont le groupe de défense Thales, +1%, TotalEnergies (+0,9%) et Safran (+0,5%).
Lanterne rouge du Stoxx 600 européen, Zealand Pharma dégringole de 34%, son injection expérimentale contre l'obésité, développée avec Roche (-3%), n'ayant pas répondu aux attentes de l'industrie lors d'une étude, jetant le doute sur leur capacité à concurrencer Eli Lilly et Novo Nordisk sur ce marché en pleine croissance.
Gap chute de 8,8 % en avant-Bourse. Old Navy, la principale marque du groupe de mode, a publié des résultats inférieurs aux attentes. Ses prévisions de marge brute pour le premier trimestre sont également décevantes, pénalisées par les droits de douane qui ont amputé les résultats de 2 points de pourcentage.
Source Investir