Une pause sur les taux n'est pas forcément une pause dans le combat contre l'inflation. La banque centrale américaine a laissé son taux directeur inchangé, comme prévu, mais elle a surtout déplacé le curseur vers un message plus ferme. Pour sa première réunion en tant que président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh s'est engagé à « assurer la stabilité des prix » et à contenir la flambée inflationniste nourrie par la guerre au Moyen-Orient.
La moitié des membres de la Fed ayant joué le jeu des estimations anticipent désormais au moins une hausse de taux cette année, dont six en prévoyant deux. Ce revirement important quand on pense qu'au mois de mars personne ne misait sur un resserrement incite les opérateurs à entrevoir une forte probabilité d'une intervention dès septembre. Kevin Warsh a aussi commencé à imprimer sa méthode. Il n'a pas soumis sa propre prévision de taux dans le « dot plot », rompant avec la pratique suivie par ses prédécesseurs Jerome Powell, Janet Yellen et Ben Bernanke. Il a lancé plusieurs groupes de travail, dont un sur le bilan de 6.700 milliards de dollars de la Fed, un sujet qu'il critique depuis longtemps. Les autres porteront sur la communication, l'usage des données, la productivité, l'emploi et le cadre d'inflation.
Wall Street a immédiatement pris acte du message. Le S&P 500 a perdu 1,2 %, le Nasdaq Composite 1,3 % et le Dow Jones près de 1 %, malgré un record inscrit en séance, et les rendements obligataires ont remonté. Ce matin, les contrats à terme américains reprennent du terrain, de 0,5 % à plus de 1 %. Par conséquent, le Cac 40 à Paris pourrait céder quelques fractions. Selon les contrats à terme, un repli de 0,3 % est à prévoir à l'ouverture. « Le ton hawkish de la Fed continue de peser, mais la forte baisse des cours du pétrole contribue à contrer la recrudescence des craintes inflationnistes et donne aux investisseurs la marge de manoeuvre nécessaire pour contester le scénario d'une hausse des taux », estime Hebe Chen, analyste chez Vantage Global Prime.
Accord USA-Iran
Car l'autre nouvelle de la nuit est plus porteuse pour les marchés à risque. Les présidents américain et iranien ont chacun signé le protocole d'accord dans lequel Téhéran s'engage à rouvrir immédiatement le détroit d'Ormuz et, dans le cadre de futures négociations, à diluer son uranium enrichi en échange de la levée des sanctions internationales. Le Brent recule de 2,3 %, sous 78 dollars le baril.
« Même si les marchés avaient déjà intégré dans leurs cours une normalisation progressive du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, un risque non négligeable de rupture de dernière minute des négociations subsistait. Cet accord réduit considérablement ce risque extrême », explique Rajeev De Mello, gérant chez Gama Asset Management. Goldman Sachs a indiqué que les exportations en provenance du golfe Persique devraient se normaliser d'ici la fin du mois prochain, contre la fin du mois d'août initialement prévue. Toutefois, les flux pourraient ne retrouver que 70 % de leurs niveaux d'avant-guerre, ont précisé les analystes de la banque.
La séance sera animée par trois décisions monétaires en Europe : la Banque nationale suisse et la Norges Bank dans la matinée, puis la Banque d'Angleterre à 13 heures. Aucune de ces institutions ne devrait opérer une baisse ou une hausse de taux. Côté entreprises, Accenture publiera ses résultats du troisième trimestre avant l'ouverture de Wall Street.
Source Investir