« C'est presque comme si les traders avaient soudainement pris conscience d'une réalité différente ce matin, une réalité où les bons chiffres de l'emploi aux Etats-Unis, les craintes grandissantes d'une hausse des taux d'intérêt et les risques géopolitiques persistants prennent le pas sur l'euphorie suscitée par l'IA », résume Tim Waterer, analyste en chef chez KCM Trade. Le marché avait déjà commencé à douter de la tech la semaine dernière, il doit maintenant digérer le retour brutal du risque géopolitique. Le Cac 40 est attendu en baisse de 1,4 % ce lundi alors que les frappes entre Israël et l'Iran menacent un cessez-le-feu déjà très abîmé et que le cours du pétrole remonte.
L'Etat hébreu a annoncé avoir frappé plusieurs cibles militaires en Iran, dans l'ouest et le centre du pays, en représailles à des tirs de missiles iraniens vers son territoire. Téhéran présente ces attaques comme un avertissement après des frappes israéliennes sur la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah. Donald Trump avait pourtant appelé Benjamin Netanyahu à ne pas riposter, afin de ne pas compromettre les discussions avec l'Iran, mais les faits ont vite repris le dessus. C'est la première fois que l'Iran tire des missiles contre Israël depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu du 8 avril.
Pétrole et gaz en hausse
Le pétrole a immédiatement réagi. Le Brent a gagné jusqu'à 4,6 %, à 97,37 dollars le baril, avant de réduire un peu son avance, et évolue encore à 97 dollars. Le marché reste obsédé par le détroit d'Ormuz, quasiment fermé depuis le début du conflit, et par la possibilité que les flux d'énergie restent durablement perturbés. Le gaz européen monte aussi, alors que le continent devrait normalement profiter de cette période pour reconstituer ses stocks. « L'intensification des hostilités accroît le risque géopolitique que le détroit soit fermé plus longtemps que prévu, tout en augmentant la probabilité que l'Iran prenne des mesures supplémentaires pour restreindre la navigation en mer Rouge », a déclaré Andy Lipow, président de Lipow Oil Associates.
Haris Khurshid, directeur des investissements chez Karobaar Capital, juge que les marchés ont peut-être voulu croire trop vite à une détente. « Il y a eu une sous-estimation de l'écart qui sépare réellement les parties concernées », a-t-il dit. « Le marché oscille sans cesse entre pricer un accord et pricer la réalité, à savoir qu'aucun des deux camps n'a réellement modifié sa position de fond. Chaque fois que l'optimisme devance un peu trop la réalité, le prix du pétrole rebondit. »
Prises de bénéfices brutales
Cette dégradation arrive au mauvais moment pour les marchés actions, déjà affaiblis par la remise en cause du thème IA. Le Kospi sud-coréen plonge d'environ 5 % et une chute des valeurs de semi-conducteurs a même provoqué une suspension temporaire de cotation sur l'indice coréen. Il reste l'indice le plus performant au monde cette année, mais sa progression reposait largement sur les fabricants de puces et les paris liés à l'intelligence artificielle, ce qui rend les prises de bénéfices d'autant plus brutales. Les sociétés technologiques reculent aussi au Japon et à Taïwan. L'indice Nasdaq 100 a chuté de 4,8 % vendredi à New York.
Trump maintient la pression sur Warsh
Vendredi, le rapport sur l'emploi américain a dépassé toutes les attentes, ce qui renforce l'idée que la Réserve fédérale pourrait devoir relever ses taux pour tenir l'inflation. Les contrats de swaps intègrent désormais une hausse d'un quart de point d'ici décembre, avec environ 60 % de probabilité d'un geste dès octobre. Goldman Sachs a d'ailleurs abandonné sa prévision d'assouplissement cette année, repoussant ses anticipations à juin et décembre 2027. Mais un durcissement de la banque centrale reste improbable pour la banque américaine car l'inflation semble « moins susceptible de devenir auto-entretenue », explique le chef économiste David Mericle.
Donald Trump, en tout cas, n'en veut surtout pas. Dans un entretien à NBC, il a estimé qu'il n'y avait aucune raison de le faire et que la Fed commettrait « une erreur » en resserrant sa politique monétaire. Des propos qui accentuent la pression sur Kevin Warsh, alors qu'il s'apprête à présider sa première réunion les 16 et 17 juin.
Source Investir