Entre colère sociale et exigences budgétaires, la France inquiète les marchés, « de nouvelles dégradations de la note souveraine sont à prévoir si les finances publiques ne se redressent pas »
Le Cac 40 recule nettement à la suite des violences du 17 octobre, qui durent encore ce lundi. Les manifestations agrégeant mouvement lycéen et colère contre la vie chère ont dégénéré en scènes de chaos ce week-end, sidérant le pays par son ampleur. Ces violences ravivent le peu de confiance des investisseurs dans les emprunts d'Etat français.
Emmanuel Macron et son gouvernement doivent répondre à la colère contre la vie chère alors que les investisseurs attendent de lui des économies et les violences du week-end rendent ces deux exigences encore plus difficiles à concilier. La défiance envers la France touche à la fois ses actions, sa dette et sa monnaie. Les marchés s'interrogent sur la capacité de l'exécutif à faire adopter son budget, dans une Assemblée profondément divisée et à six mois de l'élection présidentielle.
Le Cac 40 perd 1,4 % à 14h40, avec Société Générale, Accor et Stellantis en fin de cortège, dans un marché européen qui lui emboîte le pas. Francfort recule de 1,2 %, Londres de 1,3 % et Milan de 1,7 %. La pression pousse sur la dette française avec un rendement de l'OAT à dix ans en hausse de quasiment 11 points de base à 4,89 %. L'écart entre leurs rendements à dix ans et ceux de l'Allemagne s'est creusé à 146 points de base, soit dix de plus que vendredi. Ce spread mesure le supplément de rémunération demandé pour prêter à la France plutôt qu'à l'Etat allemand.
Le projet de budget pour 2027 prévoit environ 43 milliards d'euros de mesures de réduction du déficit. Mais l'endettement et l'ampleur du déficit laissent peu de latitude pour répondre aux revendications par des dépenses supplémentaires. « Si les manifestations violentes ne sont pas représentatives de la grande majorité de la population, les événements du week-end soulignent néanmoins le délicat équilibre que le gouvernement doit trouver entre satisfaire la population et les marchés », commente Erik Liem, stratégiste chez Commerzbank. Chez Gavekal Research, Louis-Vincent Gave porte un jugement plus sévère. « La France est aujourd'hui confrontée à une crise sociale, une crise de l'immigration, une crise énergétique, une crise économique et une crise budgétaire. Tout cela alors que le président français est en fonction, mais n'a pas le pouvoir. Rien de ce qui s'est passé ce week-end ne semble aller dans le sens d'un euro plus fort ou de rendements obligataires français plus bas », estime-t-il.
L'outil anti-crise de la BCE
Sharon Bell, de Goldman Sachs, ne pense pas que la situation actuelle justifie une intervention d'urgence de la Banque centrale européenne, qui « ne souhaite pas » recourir à ses outils comme son Instrument de protection de la transmission de la politique monétaire, destiné à prévenir une nouvelle crise de la dette en zone euro. Elle a cependant précisé que si les spreads commençaient à perturber la liquidité du marché, la BCE pourrait opter pour ce mécanisme.
La décision de Moody's sur la note française, attendue vendredi soir, ajoutera un rendez-vous potentiellement inflammable sur les marchés. L'agence classe encore la France un cran au-dessus de Fitch et de S&P, avec une perspective négative qui fait d'une dégradation la prochaine décision jugée la plus probable, sans en garantir la date.
« Les marchés financiers sont aujourd'hui beaucoup plus sévères avec la France que les agences de notation, observe Christopher Dembik, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM. De nouvelles dégradations de la note souveraine sont à prévoir si les finances publiques ne se redressent pas ».
Source investir 14:40
